Vie d’un « baby boomer » Nous entendons souvent dans les médias faire une critique acerbe des Français nés après 1945, je tombe pile au début du créneaux, né 9 mois après la libération ! Je râle souvent pour notre mise en cause de la situation actuelle, paraît-il que nous sommes la conséquence des problèmes d’aujourd’hui, raconter mes 20 premières années peuvent éclairer les natives et natifs d’après 70, sur notre désir de posséder un peu de confort.
Mon expérience est l’ordinaire de la plus part des habitants de cette époque, mais beaucoup ont été moins bien loti que moi d’autres mieux ! Je pense que mes parents ont décidé de mettre la priorité sur ce qui était le plus important et surtout m’expliquer, certainement la raison pour laquelle je ne me suis pas senti défavorisé ou malheureux .

Mes souvenirs commencent environ vers 3 ans donc avant 1950, nous habitions une maison simple avec 2 pièces au rez-de-chaussée et 2 chambres au premier étage accessible avec un escalier.

Une pièce pour la cuisine ou se déroulait les repas l’autre servant surtout de bureau et stock de pièces détachées (il y en avait même dans l’escalier qui allait au premier, l’atelier garage en planche dans la cour à l’arrière. Il n’y avait pas de chauffage, comme dans la plus part des habitations simples, le fourneau à bois et charbon se chargeant de cuire la nourriture et chauffer l’appartement, pas de « suite parental » comme j’entends souvent aujourd’hui et terme qui m’agace un peu ! Ma mère était frileuse et le dessus du fourneau était rouge, il faut bien que de la chaleur monte en haut, comme elle disait, mais quand on arrivait de l’extérieur c’était un choc !
Pour améliorer le chauffage mon père avait installé un poêle à sciure dans le bureau ( combustible moins cher mais il fallait un local suffisamment vaste pour la stocker ), assez efficace, l’inconvénient, pour le regarnir il fallait qu’il ait refroidi. Pour un bon rendement et une bonne durée il fallait une sciure bien sèche et bien tassée dans le poêle ( j’ai conservé le morceau de bois avec lequel on tassait .

Années 40/50 beaucoup de localité n’étaient fourni en eaux que part les puits plus ou moins nombreux suivant les régions et possibilité, des exception comme Billy qui avait une source intarissable était alimentée depuis longtemps. Notre village faisait parti de ceux qui s’étaient réuni pour installer ce qu’on appelait l’adduction d’eau, nous avons eu l’eau courante en 1952, je me souviens des tranchées creusée par la grosse machine avec une roue à godets , c’était encore rare en campagne ou il était nécessaire d’aller chercher l’eau dans le puit . Pas de toilette et de salle de bain, il y avait « la cabane au fond du jardin » le pot ou le seau pour la nuit ! La bassine pour se laver. Dans certaines villes il y avait des douches municipales, rarement dans les villages. Le voisin, charron, avait un grand baquet en bois devant la maison ou il se lavait après le boulot. J’allais livrer les motoculteurs, tronçonneuses, dépanner chez mes clients je découvrais encore des habitations avec le sol en terre battue jusque dans les années 70 ! Pas que dans des contrées reculée, perdues !

L’hiver mon père préchauffait la chambre en faisant brûler une rasade d’alcool à brûler dans un carter de distribution en alu de 350 BSA, plus une bouillotte dans le lit, une couette dessus et un « featherbed » dessous, ça c’est pour les motards, mais pas un cadre de Norton, non, un vrai lit de plume ! Plus tard j’ai eu droit à un vrai matelas, l’hiver je regrettais « le plumard » , combien connaissent l’origine de ce nom aujourd’hui? Il en restait beaucoup dans les familles et la plume avait de la valeur donc on nous proposait des échanges. Les hivers étaient plus rigoureux et pendant les gèles important il y avait 1 cm de glace au mur de ma chambre en particulier pour l’année 1956.

Les autos n’avaient pas de chauffage, c’était couverture sur les jambes, il existait un dispositif dégivrant constitué de résistances alimentée par la batterie que l’on fixait au pare-brise avec des ventouses, 20 cm x 30 cm c’était mieux que rien, La Dyna Panhard avait été une des rares auto vendue d’origine avec le chauffage..

A l’instar de tous les enfants du bourg, j’étais avantagé pour le trajet de l’école primaire, 200 mètres à faire, mais les enfants des cultivateurs venaient à pieds ou à vélo et les hivers étaient enneigé, le chauffage de la classe était assuré par un poêle à bois et charbon « Godin » nous étions chargé de nous en occuper. Nous emmenions des pantoufles nous remettions les chaussures pour la récrée.

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Mon épouse habitait à 3 km environ de son village, trajet en partie à pieds car il y avait une descente assez rude qui lui était interdite avec le vélo, et trop raide le soir au retour ; à cette époque les parents ne conduisait pas leurs enfants en auto jusqu’au pied de la table dans la salle de classe !!!! J’exagère un peu, pas tant que ça !

Pour l’école secondaire le choix était 30 km et pension, ou 8 km et trajets à vélo, mes parents préféraient les 30 km car je pouvais être chez ma tante et mon parrain à 150 m du Collège de Cusset, à mon époque 1957/1958 on parlait déjà de la construction de Presle mais c’est arrivé après, 1964 , bon déroulement de la 6 ème, par contre le premier trimestre de la 5 ème me désespère, entre le prof de Français qui nous laissait à l’abandon (voici son discours le jour de rentrée : je suis votre professeur de Français, je fais mon cours, je ne veux pas être dérangé, vous faite ce que vous voulez, math, histoire, géographie, dessin etc l’essentiel est de ne pas faire de bruit afin que je m’entende parler ! ) La prof de math, que j’appréciais en 6 ème, très compétente, a des problèmes familiaux, c’était décousu , j’étais écœuré, donc j’ai demandé à mes parents de faire le nécessaire pour aller à Varennes/allier réputé sérieuse, une certaine discipline y régnait mais aussi de la bienveillance ; l’inconvénient faire le trajet à vélo ma mère ne désirant pas que j’utilise mon cyclomoteur avec lequel je roulais tous les jours depuis plusieurs année ! l’été suivant j’ai vendu mon vélo ½ course à contre cœur, je l’avais monté avec des pièces que mon père avait en stock (en particulier des rayons noirs qu’il avait d’avant guerre, c’était joli) , pour être certain de prendre mon cyclo à la rentrée . 1 ou 2 ans passe et le département installe les cars, vu les horaires j’ai continué avec le 50, l’hiver arrive, premier matin de neige, ma mère m’oblige à attendre le car, 9h1/4 il n’était pas passé, je vois mon père qui me fait signe en tenant sa canne comme un guidon, trop heureux je cours, m’équipe et en route avec le cyclo, 9h30 en classe, on était pas nombreux, le car est arrivé 1h1/2, plus tard je ne l’ai plus jamais repris .

J’ai quitté l’école aux vacances 62, je venais de faire une année de préparation pour l’école normale mais j’ai eu l’impression que mon père désirait que je reste avec lui . Depuis l’âge de dix ans le paternel m’avait dit : tes devoirs fait, à partir de maintenant tu prends ta combinaison et à l’atelier, j’étais content, en secondaire je les faisais souvent à partir de 21h30/22heures j’étais plus tranquille.

Il faut aussi repenser aux horaires de travail à ces époques, il y avait une grande élasticité, souvent officiellement 9 h mais 10,11 heures étaient monnaie courante, un seul jour de congé hebdomadaire aussi, 3 semaines pour les congés annuels en 1956, 4 semaines en 1969 et 5 en 1982 . Nous on ne fermait presque jamais ! Les années 50 ouvert le dimanche matin, souvent jusqu’à 15/16 heures, années 60 le dimanche entier et nous avons fermé le lundi à partir de 1975 ; sauf 10 à 15 dimanches par an pour les expositions.

Mon épouse habitait à 3 km environ de son village, trajet en partie à pieds car il y avait une descente assez rude qui lui était interdite avec le vélo, et trop raide le soir au retour ; à cette époque les parents ne conduisait pas leurs enfants en auto jusqu’au pied de la table dans la salle de classe !!!!

Étonnamment ce sont ces gens qui ont eu cette vie somme toute difficile qui font nos centenaires aujourd’hui ! Des personnes nées aux alentours de 1930 . Il était donc logique que dans les années 60/70 on rêve d’une maison confortable avec chauffage salle de bain toilettes par contre il est scandaleux qu’aujourd’hui tous ne peuvent pas trouver de quoi se loger correctement.